IA4 min de lecturePar Paul Lefizelier

Un juge bloque les agents IA de Perplexity sur Amazon : première injonction contre un agent d'achat autonome

Le tribunal fédéral de Californie interdit à Perplexity AI d'utiliser son navigateur Comet pour effectuer des achats automatisés sur Amazon. Une décision historique qui redéfinit les limites des agents IA en 2026.

Un juge bloque les agents IA de Perplexity sur Amazon : première injonction contre un agent d'achat autonome

La justice américaine vient de poser un premier jalon majeur dans l'encadrement des agents IA. Ce lundi 10 mars 2026, la juge Maxine Chesney du Northern District of California a rendu une injonction préliminaire interdisant à Perplexity AI d'accéder à Amazon via son navigateur IA Comet. C'est la première décision de justice qui vise spécifiquement un agent d'achat autonome — et ses conséquences dépassent largement le duel Amazon-Perplexity.

Comment Comet faisait vos courses à votre place

Lancé comme une extension du moteur de recherche IA de Perplexity, Comet est un navigateur capable de piloter un agent logiciel qui navigue sur le web à votre place. Son cas d'usage phare : les achats en ligne.

Concrètement, vous disiez à Comet « achète-moi des AirPods au meilleur prix sur Amazon », et l'agent se chargeait de tout — recherche, comparaison, ajout au panier, paiement. Le tout sans que l'utilisateur touche à Amazon.

Ce qui a mis le feu aux poudres : Amazon accuse Comet de dissimuler sa nature d'agent lors de l'accès à la plateforme. L'agent se faisait passer pour un navigateur classique, contournait les protections anti-bots, et accédait à des données produits, prix et disponibilités en violation directe des conditions générales d'utilisation. En novembre 2025, Amazon a assigné Perplexity en justice.

Computer Fraud and Abuse Act : le droit face aux agents IA

Le fondement juridique retenu par la juge Chesney repose sur deux textes : le Computer Fraud and Abuse Act (CFAA) fédéral et le California Computer Data Access and Fraud Act. Le CFAA, c'est une loi de 1986 — conçue à l'époque pour lutter contre le piratage informatique classique.

Trente ans plus tard, la juge estime qu'il existe une « strong evidence » qu'Amazon a des chances élevées de l'emporter au fond. L'argument : accéder à un système informatique en contournant délibérément les restrictions d'accès constitue un accès non autorisé, que l'intrus soit humain ou logiciel.

C'est un précédent majeur. Jusqu'ici, les affaires de scraping (LinkedIn vs hiQ, X/Twitter vs plusieurs scrapers) portaient sur la collecte de données. Ici, l'agent ne se contente pas de lire : il agit — il achète, il transacte. La question n'est plus seulement « qui peut lire quoi ? » mais « qui peut faire quoi, au nom de qui ? ».

7 jours pour s'adapter : que va faire Perplexity ?

Perplexity dispose de sept jours pour se conformer à l'injonction — ou faire appel. Trois scénarios se dessinent :

Appel immédiat. Perplexity a qualifié le procès de « bully tactic » (tactique d'intimidation). Un appel permettrait de gagner du temps, mais les chances d'obtenir un sursis en urgence restent minces vu la fermeté de la décision.

Modification de Comet. Perplexity pourrait transformer son agent en simple outil de recommandation qui redirige l'utilisateur vers Amazon sans jamais accéder directement à la plateforme. Moins séduisant, mais légalement défendable.

Accord amiable. Amazon pourrait accepter un partenariat via son programme d'affiliation ou son API Product Advertising, en échange d'un contrôle sur les interactions de l'agent.

L'injonction impose également la suppression de toutes les données collectées depuis Amazon — un coup dur si ces données alimentaient les modèles de recommandation de Comet.

Au-delà d'Amazon : les agents IA peuvent-ils encore surfer librement ?

Cette décision envoie un signal glacial à tout l'écosystème des agents autonomes. Si un agent ne peut pas accéder à un site e-commerce sans accord explicite, qu'en est-il des agents qui naviguent sur d'autres plateformes ?

Les implications touchent directement des projets comme AutoGPT, Devin, ou les workflows d'automatisation construits avec n8n et Make. Chaque fois qu'un agent interagit avec un service tiers sans passer par une API officielle, il s'expose potentiellement aux mêmes poursuites.

Le risque : une balkanisation du web où chaque plateforme érige des murailles (walled gardens) contre les agents, ne laissant passer que les partenaires commerciaux autorisés. L'ironie serait que l'ère de l'IA agentique — censée fluidifier le web — le fragmente encore davantage.


Ce que ça change pour les utilisateurs de Comet

  • La fonctionnalité d'achat Amazon est désactivée : Comet ne pourra plus rechercher, comparer ni acheter sur Amazon dans les 7 prochains jours
  • Vos données Amazon collectées par Comet seront supprimées : historique de navigation, préférences de prix, paniers sauvegardés — tout doit disparaître
  • Les autres sites ne sont pas (encore) concernés : l'injonction vise uniquement l'accès à Amazon, mais d'autres plateformes pourraient suivre le même chemin juridique ::
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